Jan 262016
 

Les flux RSS/ATOM permettent à l’internaute de recevoir de façon continue des informations spécialisées, les logiciels utilisés pour leur lecture se nomment « agrégateurs ». Si l’utilisation de ces flux pour nos pratiques informationnelles courantes semble passée de mode depuis l’avènement des réseaux sociaux sur Internet, ils demeurent pourtant essentiels pour qui veut mener une veille spécialisée, filtrer l’information, et ne pas dépendre entièrement des compagnies propriétaires des réseaux sociaux pour la réception des informations.

Bien sûr, le format RSS existait depuis des années cependant nous fûment nombreux à découvrir les flux comme moyen de s’informer au mitan des années deux mille; alors les blogs se développaient comme outil de publication sur le Web facilitant l’expression libre et rapide, les sites web aux bandeaux annonçant : «en cours de mise à jour» devenaient ringards.
Permettant de suivre simultanément de multiples sources, les agrégateurs convenaient parfaitement au client avide d’information que j’étais.

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En 2004 et 2005, mon agrégateur de flux ressemblait à ce qui apparaît dans l’image plus haut : des articles de blogs ou de sites d’actualité centralisés dans un même espace, au format identique afin d’en simplifier la lecture. Cette nouvelle façon de s’informer se situait dans la lignée du mouvement dit Web 2.0 qui permet à l’internaute d’être partie prenante dans la production de l’information. En effet, ce regroupement d’articles facilitait le classement des sources plus efficacement qu’avec les favoris du navigateur; avec les bons outils, il était possible de manipuler les flux d’informations : filtrer, combiner, rediffuser librement. Je n’étais sans doute pas le seul «fan» des flux RSS à espérer que toute l’information présente sur le Web soit disponible ainsi, libérée du support d’origine.

256px-Feed-icon.svgDe grands acteurs du Web encourageaient cette technologie. En 2004, le navigateur Firefox se dota d’une icône orange apparaissant dans la barre d’adresse lorsque le site consulté proposait un flux. Elle en deviendra le symbole et sera adoptée par de nombreux navigateurs et sites.

grEn 2005, Google inaugura Google Reader, son lecteur de flux en ligne, accessible depuis n’importe quel poste. Un outil gratuit, pratique, riche en fonctionnalités qui deviendra vite l’agrégateur le plus populaire.
Les blogs firent connaître les flux RSS comme moyen de s’informer à un grand nombre d’internautes, paradoxalement, ils annonçaient un autre mouvement qui allait considérablement freiner leur popularité. En effet, l’intérêt des fonctions sociales des blogs comme les commentaires sous les articles, la mise en réseau des blogs entre eux, se citant, partageant la même plateforme de publication (comme Skyblog.com) annonçaient le succès des réseaux sociaux.

De nos jours, nombreux sont ceux qui préfèrent s’informer sur Twitter ou Facebook plutôt que de suivre les flux d’informations de sites ou blogs. Ces réseaux permettent de recevoir ou de communiquer des informations de façon immédiate auprès de son réseau ou du monde entier et leur succès est tel que nombre de sites web préfèrent mettre en avant des comptes de réseaux sociaux associés et n’offrent plus de flux RSS/ATOM pour suivre leurs informations.
Pour mener une veille informationnelle ces réseaux présentent de nombreux avantages : mêler réception et diffusion de la veille, se renseigner sur les intérêts des personnes suivies en analysant les informations qu’elles partagent. Ces nouveaux outils sont attractifs pour celui qui souhaite veiller, soigner son image numérique et influencer. En parallèle, les blogs influents existent toujours, cependant leurs auteurs s’appuient davantage sur leurs comptes Facebook et Twitter que sur les flux RSS/ATOM pour propager leurs articles.

Les années 2010 virent les flux RSS/ATOM négligés par les mêmes grandes compagnies du Web qui les avaient adorés. En 2011, l’icône de Firefox 4, qui permettait de détecter facilement la présence de flux sur une page web et en était devenu le symbole disparut à l’occasion d’une réorganisation de l’interface du logiciel.
En 2013 disparaissait l’agrégateur Google Reader, liquidé par Google qui voulait imposer son réseau Google + comme porte d’entrée du Web. Beaucoup pensèrent que l’abandon de l’agrégateur le plus utilisé sonnerait le glas de cette technologie : on assista au contraire à l’éclosion d’annonces de nouveaux lecteurs: Digg, Feedly, The Old Reader, Inoreader – pour ne citer qu’eux, rivalisant afin d’attirer les usagers orphelins de Google Reader.

Si les agrégateurs n’ont pas disparus – loin de là, qu’en est-il des sources d’information, proposent-elles toujours ces flux ? Nombre de sites Internet ou blogs ne les proposent pas ou plus, mais pour qui veut bien les chercher, de nombreuses sources spécialisées disposant de flux RSS/ATOM existent :
– Des sites de médias permettent de suivre la publication de nouveaux articles à l’aide de flux (par exemple Le Monde, Le Parisien, Telerama).
– Pour les scientifiques, des sources en accès libre (citons Hal, les revues disponibles sur www.revues.org) ou encore les bases de données scientifiques (Science Direct, Pubmed).
– Si les réseaux sociaux ne proposent généralement pas de flux RSS/ATOM permettant de les suivre directement, préférant attirer les internautes vers leur système fermé, quelques «sites passerelles» fabriquent des flux RSS/ATOM afin de suivre les principaux réseaux sociaux (les services https://queryfeed.net/ ou Inoreader)

Faisons abstraction de l’interactivité que permet la participation aux réseaux sociaux : veiller grâce aux flux présente des avantages en matière de suivi des informations, moyennant l’utilisation d’outils performants (comme Inoreader, RSSOWL) je peux classer, filtrer, rediriger l’information librement.
Le bénéfice majeur de la veille informationnelle à l’aide des flux RSS/ATOM est à mon sens la maîtrise du journal de lecture quand les compagnies propriétaires des réseaux Google Plus, Facebook, Twitter contrôlent ce qui circule sur mon compte et peuvent modifier à leur guise l’algorithme qui prévaut au classement et à la visibilité des informations, avec le risque de favoriser des publications populaires plutôt que des informations rares ou spécifiques. Certes, des outils permettent de filtrer l’information reçue sur les comptes de réseaux sociaux (Hootsuite, Tweetdeck) cependant leur possibilité de personnaliser la réception de l’information est moins performante que celle offerte par les standards RSS ou ATOM.

RSS ou ATOM ne sont absolument pas morts, ce qui a disparu, c’est l’espoir qu’ils deviennent dominants dans nos usages courants et visibles de réception de l’information. De technologies qui gagnaient en popularité au milieu des années 2000, elles ont perdu en visibilité auprès du grand public internaute, surtout face aux réseaux sociaux qui permettent de s’informer et de communiquer facilement; fortement liée aux sources sur le web, l’utilisation de ces flux est affectée par la mutation du Web en Web social : les personnes deviennent des sources, plus difficiles à suivre avec les agrégateurs de flux qu’avec un compte de réseau social qui facilite la communication.
L’utilisation des flux RSS ou ATOM dans les pratiques informationnelles demeure pourtant un moyen important et de grande qualité pour ceux, documentalistes, veilleurs, journalistes, scientifiques qui souhaitent construire un système informationnel optimal et personnalisé sur le Web, et ne pas dépendre des seuls choix de visibilité imposés par les compagnies propriétaires des réseaux. sociaux.

  4 Responses to “Non, les flux RSS ne sont pas morts, ils permettent de s’informer encore”

  1. François, je crains que l’heure ne soit pas à la nostalgie, mais à la pédagogie et à l’action ! Permets-moi donc de critiquer (avec bienveillance) ton article.

    Pédagogie à destination des veilleurs (et pas uniquement des plus jeunes) mais aussi à destination des Web designers, institutions publiques et privées, concepteurs de plateformes Web 2.0, développeurs de tout poil, etc.

    Expliquons aux veilleurs pourquoi c’est une profonde erreur que de délaisser le RSS. Pas par nostalgie… simplement par évidence. A l’heure où nombre de professionnels de la veille se trouvent submergés par un énorme volume d’informations non ciblées, il serait bon de rappeler que des sources d’information peuvent être surveillées beaucoup plus précisément via RSS (ou Atom, peu importe). Exemple marquant parmi tant d’autres : le New York Times dispose de 18 comptes Twitter thématiques, 25 comptes Facebook thématiques, face à… 147 fils RSS thématiques. Ici, nous pouvons mieux cibler nos besoins informationnels. Ce qui ne nous empêche pas bien sûr de reconnaître la valeur complémentaire de Twitter. Quelque 811 journalistes du New York Times disposent d’un compte Twitter. Super ! Profitons-en ! Choisissons le canal le plus adapté à nos besoins en arrêtant d’hurler avec les loups « Le RSS, c’est has been ! ».

    Rappelons aux veilleurs que 25% des sites Web mondiaux sont « motorisés » par WordPress . Dès son installation, sans aide de plugin, WordPress génère des fils RSS pour l’ensemble des articles, pour chaque catégorie, chaque tag, chaque auteur et… c’est moins connu… pour chaque requête soumise à son moteur de recherche.

    Démontrons aux veilleurs que nombre de sites proposent des fils RSS, sans contreparties équivalentes sur Twitter ou Facebook. Cela va de bases de données comme Pubmed ou Theses.fr aux flux d’actualités ciblées du Parlement européen en passant par des plateformes « modernes » étiquetées « Web 2.0 » comme Medium, Rebelmouse, Scoop.it, etc.

    Rappelons également aux veilleurs que le RSS est un format hautement réutilisable, « filtrable », « archivable » et « rediffusable » (cf ma présentation Modèle d’une plateforme de veille visant à automatiser la rediffusion de l’information.

    Expliquons aux veilleurs qu’une plateforme comme Inoreader (dans sa version à 49$ par…an), permet non seulement de suivre des fils RSS, de les filtrer, de les taguer, de les rediffuser mais aussi de suivre des pages Facebook, des comptes et des requêtes dans Twitter et Google+ ! Listons par ailleurs les multiples solutions qui permettent de tout transformer en fil RSS.

    Les Web designers ont également leur part de responsabilité dans ce dédain ambiant à l’égard du RSS. En ne conseillant par à leurs clients de mettre en valeur des fils RSS thématiques sur leur site, ils les coupent instantanément de canaux ciblés servant à promouvoir efficacement leur activité, leurs produits, etc. La possibilité donnée aux visiteurs de suivre le type d’informations qui les intéressent. Vous savez quoi ? Je ne suis plus l’actualité de certains acteurs majeurs du social media management simplement parce qu’ils mélangent sur leur compte Twitter les actualités produit, les retours d’expérience, les résultats financiers, le signalement d’articles qu’ils jugent intéressants, etc. Je n’ai que faire de ce mélange des genres, tant pis pour eux.

    Même aveuglement de la part des entreprises et institutions qui ne comprennent pas l’intérêt majeur des fils RSS dans une politique d’information ciblée, orientée clients (« Oui, je laisse à mes visiteurs le choix de suivre l’information dans le format le plus adapté à leurs besoins ! »). Par ailleurs, on oublie de leur expliquer, qu’a minima, la présence d’un fil RSS sur leur site améliore son référencement et son indexation.

    Expliquer aussi aux entreprises qu’il est désormais facile d’analyser finement l’usage des fils RSS par exemple dans Google Analytics ou via des services spécialisés comme FeedPress. On arguera (à raison) que le RSS ne permet pas de cibler nominativement l’abonné. Est-ce si important que cela ? Si c’est au prix de la fuite de personnes qui ne veulent pas être submergés d’informations superflues à travers le compte (souvent unique) Twitter et/ou Facebook.

    Pédagogie encore auprès des Web designers, des entreprises et institutions pour qu’ils simplifient l’accès à leurs fils RSS en créant une page/répertoire unique listant tous leurs fils RSS, accessible systématiquement depuis leur page d’accueil et si possible à l’adresse http://www.adresse.com/rss. Une page qui expliquerait comment et avec quel outil utiliser les fils RSS. Une page qui arrêterait de pointer vers de boutons d’abonnement rapide obsolètes pointant vers Google Reader, My Yahoo et Netvibes, mais qui utiliserait un bouton (open source) de type SubToMe qui permet au visiteur de désigner son lecteur de fil RSS. Simplifier l’accès en systématisant également le recours au RSS Autodiscovery, un format simplissime de présentation du fil RSS au sein du code source des pages Web en le rendant facilement découvrable par les lecteurs de fils RSS.

    Pédagogie enfin, pour expliquer que le RSS est aussi un élément de liberté d’accès à l’information. Il n’est lié à aucune plateforme, ne demande pas de créer un compte, de fournir un numéro de téléphone, une adresse mail et/ou un nom pour accéder à l’information. Le RSS ne décide pas, contrairement à Facebook, quelle information est intéressante. Le RSS, contrairement à Twitter, n’a pas d’énormes problèmes financiers ! Le RSS ne modifie pas son API, comme tant de plateformes Web.

    Mais la pédagogie ne suffit pas ! Il faut agir ! J’appelle de mes vœux à la création d’une association internationale, multilingue, d’utilisateurs, producteurs et développeurs qui prenne en main la promotion et l’amélioration de l’énorme écosystème RSS/Atom. Le lancement de la communauté RSS-Reboot en juin 2014 par le fondateur (français) de Superfeedr n’a été suivie d’aucun effet concret. Dommage ! Manque de temps, de bonnes volontés, de forme éditoriale !

    Alors quoi ? Développer une extension universelle pour que chaque navigateur puisse facilement détecter la présence de fils RSS et facilite l’abonnement dans l’ensemble des lecteurs (il n’y en a pas tant que ça !). Je regrette tant de ne pas être codeur ! Promouvoir les bonnes pratiques du RSS et la variété des solutions qui y sont attaché. Rédiger des tutoriels pour expliquer ou rappeler aux entreprises, institutions, Web designers, plateformes Web comment implémenter des fils RSS sur leur site. Expliquer comment bien les utiliser dans un processus de veille (là, au moins, j’y participe à travers mes missions, formations et tutoriels). Rédiger des articles qui expliquent pourquoi le RSS est complémentaire aux autres canaux d’information (et souvent meilleur).

    Pas de nostalgie donc ! Pédagogie et action !

    Serge Courrier (Sur Twitter @RSSCircus et sur Scoop.it RSS Circus).

    • Bonjour Serge, je suis très content de publier ton commentaire très argumenté et sourcé (je découvre avec intérêt certains de tes projets et j’ai hâte d’en savoir plus), et qui me semble plus complémentaire que critique vis à vis de mon article de blog.
      Je suis d’accord avec toi sur le fait de préférer l’action et la pédagogie à la nostalgie.. C’est sans doute le début de mon article centré sur le passé qui donne cette impression, moi qui pensais placer le maximum d’arguments dans la conclusion. Si je devais le réécrire, ce serait sans doute en raccourcissant l’aspect historique.

    • Très bon « résumé » Serge du « State of RSS ».

      J’ajouterai juste que l’exception a peut être en fait justement que RSS soit devenu « populaire » pendant quelques années. Cela a beau être « Really Simple », ce sont des concepts et des technologies qui restent compliqués à appréhender pour le commun des mortels. Et c’est justement ce qui me rend optimiste. De très nombreux outils reposent sur RSS pour diffuser du contenu, sans que l’on pense à eux comme des lecteurs de flux: IFTTT, Buffer, Zapier pour n’en citer que quelqu’uns.

      RSS c’est de la plomberie et la plomberie, le plus souvent ça doit rester derrière les façades!

      • Je pense que nous sommes d’accord sur le fond, Julien (fondateur de Superfeedr pour ceux qui ne le connaissent pas). Mais je pense aussi que les acteurs du RSS auraient tout intérêt à œuvrer pour que la partie visible du RSS soit plus simple d’accès. Certes le RSS a perdu là où le bouton « Suivre » de Twitter ou « J’aime » de Facebook a gagné. Mais, a minima, le développement d’une extension « universelle » permettant de choisir le lecteur de destination (une super « RSS Icon in URL bar »), un SubTome simplifié (avec une page interactive de personnalisation du bouton par exemple), le développement de plugins RSS « propres » pour chaque CMS majeur, des bonnes pratiques d’implantation des fils RSS sur un site, etc. bénéficieraient à tous… et pas uniquement aux plombiers 🙂 !

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